DÉFILÉ MYTHIQUE

 

Mode, mythologie grecque et littérature latine défilent au fashion-show du festival !

Quoi ? Création et présentation de costumes inspirés des Métamorphoses d’Ovide
Quand ? Le samedi 24 mars 2018 à 14H
Où? A l’Hôtel de Région de Lyon-Confluence

 

Le 24 mars 2018, l’Hôtel de Région de Lyon-Confluence a accueilli 550 spectateurs venus admirer le premier Défilé mythique du festival, fashion-show  inédit évoquant l’univers fabuleux des Métamorphoses d’Ovide.

Ouverte à tous, la création de costumes a rassemblé des participants issus d’univers variés : professionnels de la mode, étudiants se formant au stylisme, collégiens ou simples passionnés ont répondu à l’invitation du festival. Près de 50 modèles ont ainsi défilé sur le même podium, fruits de longs mois de travail et d’une créativité époustouflante. Pour le public comme pour les créateurs, ce fut une occasion originale de découvrir – ou de relire attentivement – le texte d’Ovide !

 

Les collégiens

Six collèges issus de 3 académies ont brillamment relevé le défi : le collège Henri Morat de Recey-sur-Ource (académie de Dijon), l’Institution Sainte-Marie du Bourget (académie de Créteil), ainsi que 4 collèges de l’académie de Lyon (collège du Val d’Argent de Ste-Foy-L’Argentière, collège Françoise Dolto de Chaponost assisté de l’association locale « Atelier Couture », collège Maria Casarès de Rillieux-la-Pape et collège Bellecombe de Lyon 6e). Des dizaines d’élèves assistés de leurs professeurs ont ainsi endossé avec brio et enthousiasme les rôles de stylistes, couturiers, coiffeurs, maquilleurs, accessoiristes ou mannequins d’un jour lors de la création et de la présentation des costumes. Quelques enseignants et surveillants ont même joué les top-modèles le jour J… 27 modèles ont été réalisés, évoquant les métamorphoses de Lycaon en loup, de Cygnus en cygne, d’Arcas en constellation, d’Actéon en cerf,  de Narcisse … en narcisse, des algues (touchées par Méduse) en corail , de Cadmos et Harmonie en dragons, de Cyané en source, d’une compagne de Proserpine en sirène, de Térée en huppe, de Scylla en aigrette, de Philémon et Baucis en chêne et en tilleul, d’Iphis en homme, de Galatée en femme, d’Iphigénie en biche, des filles du roi de Délos en colombe, d’Acis en fleuve, de Glaucus en dieu des eaux, d’Anaxarète en statue, d’Esculape en serpent.

 

 

Les étudiants

Des étudiants de Lyon se sont prêtés au jeu avec un talent remarqué, alliant audace créative et interprétation personnelle des mythes ; issus du lycée La Martinière Diderot (DMA Costumier Réalisateur) , de l’école Supdemod (formation aux métiers de la mode, de l’habillement et du luxe), ou encore en formation MANAA (Mise à niveau en arts appliqués), ils ont présenté des costumes évoquant les métamorphoses de Daphné en laurier, de Callisto en constellation, d’Arachné en araignée, de Hyacinthe … en hyacinthe, d’ Adonis en anémone. 

 

 

Les artisans et créateurs

Répondant à l’invitation du festival, des artisans et créateurs ont également réalisé et mis en scène de superbes costumes inspirés par Ovide. Le collectif 7ICI, atelier-boutique de création lyonnais  – et plus particulièrement Pop & Kam et Cécile M. – , le créateur de costumes de scène L’Elfe mécanique (Lyon 1er), l’atelier d’artisanat créatif SOUK (Lyon 1er), l’atelier-boutique de prêt-à-porter atypique Zakhar (Lentilly), le studio de cinéma amateur Hallow Pictures (Beauvais), le costumier-teinturier Stéphane Arnaud (Toulouse), l’atelier d’artisanat créatif Fleurs de la passion (Mornant), et enfin la créatrice amateur Véronique Devignon ont enthousiasmé le public grâce à leur évocation des métamorphoses de Callisto  en constellation, d’Actéon en cerf, d’Aréthuse en fontaine, d’Arachné en araignée, de Niobé en rocher, de Philémon et Baucis en chêne et en tilleul, de Byblis en source, d’Hippomène en lion, d’Acis en fleuve, d’un berger en olivier, des dents du dragon tué par Cadmos en guerriers.

 

 

La participation exceptionnelle de Mongi Guibane

Le spectacle s’est achevé sur une somptueuse robe lumineuse réalisée en soie et fibres optiques, spécialement confectionnée pour le Défilé mythique par le styliste Mongi Guibane. Ultime évocation de la transformation de la nymphe Callisto en constellation mais aussi symbole du processus de toute métamorphose, cette contribution exceptionnelle, création jumelle de la fameuse robe de mariée exposée au Musée des Confluences, a constitué le point d’orgue de l’événement… Que Monsieur Guibane et son équipe soient ici à nouveau vivement remerciés pour leur soutien et leur gentillesse.



 

En son et en images : les vidéos

Quelques heures avant le spectacle, la répétition générale réunit pour la première fois tous les créateurs et les mannequins font leurs premiers pas sur le podium :


(Montage : Christian Novales – DANE)  

 

A 14H30 les collégiens ouvrent le Défilé, suivis des étudiants et des adultes, sur une musique spécialement composée pour l’événement par Rémi Thonnerieux :


(Montage : Olivier Charnay – Hippocrate Kalogeropoulos) 

 

Parmi les nombreux créateurs en herbe ayant participé à l’événement, la classe de 6e5 du collège Maria Casarès de Rillieux-la-Pape est venue au grand complet :


(Montage : Collège Maria Casarès)

 

 

La genèse des costumes : paroles de créateurs

 

Métamorphose du chasseur Actéon en cerf

Créateur : L’Elfe Mécanique (Création de costumes et accessoires) – En Compagnie De 
https://www.facebook.com/lelfemecanique 
http://www.encompagniede.fr/     
Assistée de : Victoria Cottendin

Mannequin : MeowBulle

« J’ai pris le parti de Diane. 
Elle porte en elle la métamorphose d’Actéon.

La forêt où elle est surprise par Actéon se mue en manteau, à larges manches et capuche de velours orné de feuilles. Le tissu provient d’une reconversion de rideaux anciens (ils ont plus de 35 ans), ils portent en eux les traces du temps et du soleil qu’ils ont un temps masqué. Ces marques ont été volontairement montrées, surtout dans le dos, afin de rappeler la lumière qui passe au travers des feuillages. La fermeture est assurée par un entrelacs réalisé avec des lacets anciens. Le bas des manches et du manteau ont été lacérés afin de reproduire l’effet de feuillage. Très cintré sur le haut, il s’évase à partir de la taille pour accentuer la puissance et la féminité de Diane.
Découverte, Diane lance sa vengeance sur Actéon. Sous son manteau apparaît une combinaison en voile de lycra doublée (d’où un effet moiré qui vient troubler l’oeil du voyeur). Ce tissu est une reconversion d’un ancien costume de scène que j’avais créé il y a deux ans et appelé « la Fée Electricité ».
Sur les jambes, soutenues par une large ceinture de velours, des feuilles géantes (créées en plastazote thermoformé, recouvert du même velours que le manteau). Elles viennent héberger les bois de cerf qui orneront bientôt la tête du chasseur. Cette paire de véritables bois m’a été offerte par un ami berger ardéchois. Ce sont des bois de mue (les cerfs perdent leurs bois entre les mois de février et mai). Il est cependant très rare d’en trouver une paire, les deux bois ne tombant pas simultanément.
La tenue se termine par une paire de bottes qui portent sur les talons des empreintes de pattes de chien peintes à la main ainsi que des traces de peinture or. Elles rappellent le destin tragique d’Actéon qui, incapable de se faire connaître, sera poursuivi et mis en pièces par ses chiens de chasse. Pour accentuer cette vision, la combinaison elle-même est ornée de tissu mis en lambeaux.
Hors conception et création des patrons, ces pièces représentent plus de 80 heures de travail. »

 

 

Métamorphose de la nymphe Daphné en laurier

Créatrices : Laurane Le Goff, Amandine Pénigot, Thelma Di Marco (Étudiantes DMA Costumier Réalisateur, Lycée La Martinère Diderot)
Avec l’aide et les précieux conseils de Cécile Martin, référente de l’atelier Costumes du lycée La Marinière-Diderot (Lyon 1er)
Mannequin : Viktoryia Zorina

« Parmi les Métamorphoses d’Ovide, nous avons choisi de traiter la transformation de Daphné en laurier ; ce changement intervient alors qu’elle cherche à échapper aux ardeurs d’Apollon. Cet épisode nous permet de travailler l’évocation d’un instant précis réunissant deux actions simultanées : la fin de la course d’Apollon et la transformation de la nymphe. Cet événement a souvent été représenté par les artistes, comme en témoignent la célèbre sculpture de Lorenzo Bernini ainsi que de nombreux tableaux, dont celui de Tiepolo.
Daphné nous est apparue comme un personnage complexe, sous l’emprise de différents paradoxes. Elle cherche son salut dans la course et finit par l’atteindre en prenant racine ; elle se décompose et reprend forme aussitôt ; elle prend la décision de fuir l’amour fou du dieu mais subit sa propre transformation… Une situation tout à la fois tragique et magique, entre malédiction et bénédiction, qui nous a semblé exprimer un état plein de contradictions propre à la condition humaine.
Nous avons pris le parti de présenter une silhouette aux lignes contemporaines et épurées, loin des représentations féminines à l’antique et de l’image de la déesse grecque drapée dans son peplos. De plus, nous voulons que notre costume renvoie à un contexte vestimentaire actuel, d’où le choix délibéré du pantalon.

Nous souhaitons jouer sur les différentes antithèses qu’évoque le mythe, et en premier lieu, l’opposition entre la nudité d’Apollon et la pudeur de la nymphe. L’insistance du dieu est une intrusion dans l’intimité que la déesse souhaite préserver. Pour que le spectateur perçoive cet aspect paradoxal, nous avons fait le choix d’un body couleur chair pour présenter le corps dans sa dimension la plus naturelle, véritable double peau dissimulée sous un déshabillé de mousseline de soie prolongé par un haut col. Ces choix formels se veulent l’expression d’une certaine contrainte, d’un enfermement, mais aussi de la sensualité de la nymphe et des attraits qui déclenchent la folie amoureuse du dieu.
Pour représenter l’action de fuite et l’urgence qui presse la nymphe, nous souhaitons créer une silhouette fluide, presque impalpable. C’est pourquoi le déshabillé sera réalisé dans une mousseline de soie qui viendra insuffler l’idée de mouvement en même temps qu’une certaine fragilité.
D’autre part, l’élément central du mythe est bien la transformation de l’être humain en espèce végétale. Les silhouettes du studio Ashi, très esthétiques et structurées, ont guidé notre inspiration. Les branchages enferment le personnage et en même temps la délivrent : c’est la raison pour laquelle ils constitueront les éléments majeurs de notre costume et se déploieront comme un bijou, tout en évoquant des chaînes. Ils exprimeront la transformation des vaisseaux sanguins en ramifications végétales, suggérée de façon subtile et délicate par un traitement en broderie. Cette technique nous permettra d’exprimer la transition des couleurs, des formes ainsi que des matières.
Notre gamme de couleurs se situe dans des tonalités de bleu, puisque c’est bien un dieu des eaux qui transforme la nymphe. Nous avons ainsi fait le choix d’un bleu foncé, abyssal, que viendra relever le rose puissant mais dispersé des pétales de laurier. Le bronze nous a également paru être un choix judicieux pour apporter des tons plus neutres, propres à évoquer le bois ou la lumière du soleil. Nous avons affiné notre réflexion grâce à des recherches dans le domaine de la peinture antique et particulièrement des fresques romaines, où certains paysages montrent des montagnes bleuâtres tranchant avec les lueurs roses du couchant. Ces couleurs aux tons passés exprimeront également une certaine mélancolie qui se dégagera de la silhouette toute entière, soulignant le sort tragique du personnage. »